Les Amis de Szydlowiec
Société mutualiste créée en 1925 jeudi 02 avril 2026  

Histoire des juifs de Szydlowiec avant 1939
Un aperçu de l'histoire du XVIème au XXème siècle

                 
 

On sait peu de choses sur les débuts de la communauté juive à Szydlowiec avant le XVIe sicècle. Un des premiers juifs connus est Mojzesz ben Israel Isserles (Remuh ou Rema), un rabbin, talmudiste et philosophe, écrivain, fuyant la peste qui sévissait à Cracovie. Il vint s’installer à Szydlowiec en 1556. Il a joué un rôle éminent dans le Conseil des Quatre Pays créé à cette même époque et il arbitrait les querelles entre rabbins. Il fut l'un des principaux promoteurs des études rabbiniques en Pologne, qui deviendra rapidement le principal pôle du judaïsme européen puis mondial.

   
Sa tombe au cimetière de Cracovie (2010)
 
         
   
Remuh (ou Rema)
 

A Szydlowiec il a écrit Me’hir Yayin, traité sur le Livre d'Esther qui est interprété comme une allégorie de la vie humaine. Par la suite, il retourna à Cracovie où se trouve sa tombe (sa matseva). Remuh devint l'une des figures les plus vénérées par la communauté juive polonaise.

En 1903, l'anniversaire de sa mort fut encore l'occasion d’un pèlerinage massif sur sa tombe. Elle porte en épitaphe : « de Moïse (Maïmonide) à Moïse (Isserlès), il n'y en a eu aucun comme Moïse ».

En dehors de cet épisode, il y eut peu de juifs à Szydlowiec jusqu'à la moitié du XVII e siècle.


   
                         
   

Dans la seconde moitié du XVIIe siècle, comme dans toute la Pologne, suite aux exactions des Cosaques, des Tatars et des Suédois (période que les Polonais appellent «le Déluge ») la population de Szydlowiec a considérablement diminué et la ville commença à décliner. En cherchant des moyens de faire revivre la ville, le prince Dominik Mikolaj Radziwill qui en était propriétaire, publia une proclamation incitant des familles à reprendre les maisons inhabitées tout en leur garantissant la sécurité de leurs propriétés. Les efforts de Radziwill entrainèrent une arrivée d’artisans et de commerçants juifs. Leon Michal Radziwill, son fils, obtint de l'évêque de Cracovie l’autorisation d’ériger une synagogue permettant ainsi la création d’une véritable communauté juive (Kehila).

Au début du XVIIIe siècle Meir ben Isaac Eisenstadt, un talmudiste très connu devint le rabbin de Szydlowiec. Vers 1714, il quitta cette ville et partit en Hongrie et s’installa à Eisenstadt dont il porta désormais le nom.

Dans cette période, les juifs étaient installés au nord de la grande place du marché, dans le voisinage du château. Dans cette zone, appelée la "ville juive", un nouveau marché fut créé. Il y avait déjà probablement un cimetière juif près de la synagogue. En 1730, une maison de prière fut construite pour les ouvriers juifs des tanneries.

Le nombre croissant de Juifs dans la ville explique les relations délicates et parfois conflictuelles avec les catholiques. La communauté juive demanda de l'aide à Leon Michal Radziwill. Le prince publia en 1741 un décret définissant les relations mutuelles entre catholiques et juifs. Il permit aux Juifs de s’installer dans une partie de la ville qui avait été limitée auparavant aux seuls catholiques. Il lles autorisa également à produire de la bière et de l'alcool. Le décret règle aussi les conditions de l'élection des « anciens » de la communauté (kehila). Il définit enfin les sanctions encourues par les personnes ayant enfreint la loi en liquidant unilatéralement les commerces gérés par des Juifs. Pour prévenir les délits antisémites à Szydlowiec, le prince obligea les autorités et le gouverneur à maintenir l'ordre dans la ville et à punir sévèrement les personnes commettant ce genre de délits.

Dans la seconde moitié du XVIIIe siècle, la population des Juifs vivant dans la ville avait augmenté passant en 1765 à 902 juifs. En 1787, les villes suivantes se trouvaient également dans le territoire de la kehila de Szydlowiec:, Jastrzab, Skrzynno, Wierzbica, Zygmuntów, Wachock et 67 villages.

 
   


Szydlowiec au XVIIème siècle

 
   

Le commerce et l’artisanat constituaient la base de la vie des habitants juifs. Ils vendaient divers produits fabriqués localement (fer, cuir, miel, bois de construction, bois franc, meules, pierres à aiguiser, chaux) et des produits importés (toile, lin imprimé, poudre à canon, olives espagnoles, huile). Les artisans juifs étaient tailleurs, fabricants de casquette, bouchers, boulangers, orfèvres, coiffeurs, chirurgiens. Bien que le commerce et l’artisanat fussent dominés par les Juifs, il était difficile de trouver des gens riches parmi eux.

Le prince Nicolas Radziwill, préoccupé par l’augmentation des nombre de Juifs et l’éviction des catholiques du voisinage de la place du marché, publia le 28 Juillet 1788 un nouveau décret dans lequel il définit les frontières des parties juives et catholiques de la ville. Au tournant du XVIII ème siècle les juifs construisirent une nouvelle synagogue.

Après le troisième partage de la Pologne (1795), Szydlowiec fut rattaché dans un premier temps à l’Autriche. Mais après la paix de Schönbrunn (1809) la ville est intégrée dans le Gouvernorat de Radom à l’intérieur du Grand-Duché de Varsovie créé par Napoléon. Puis, après la défaite de l’Empereur, le Congrès de Vienne décida que la partie qui avait été attribuée à l’Autriche en 1994 serait dorénavant Russe et s’appellerait « le Royaume de Pologne ». Szydlowiec est alors rattaché au district d’Opoczno de la voïvodie Sandomierskie.

 
   

D’autre part, en 1802, la ville de Szydlowiec avait été achetée par la princesse Anna Sapiezyna, de la famille Zamoyska (les fameux nobles et magnats de Lublin et de Zamosc).

La ville était toujours un centre du commerce et de l'artisanat. Le nombre des habitants de la ville augmentait et la domination juive devenait de plus en plus forte. En 1811 la communauté juive acheta un terrain pour un nouveau cimetière car il n'y avait déjà plus assez de place dans l'ancien. En 1819, il y avait 2 377 habitants dont 1 477 Juifs (62,2%).
La princesse Sapiezyna était très rarement à Szydlowiec mais elle gérait consciencieusement ses propriétés. C’était une philanthrope qui se préoccupait aussi bien des chrétiens que des juifs. Elle a par exemple financé une école primaire qui accueillait les enfants catholiques et juifs. Elle créa aussi des fonds de prévoyance et de crédit destinés aux juifs afin d’aider les artisans et les citadins pauvres.

 
Anna Sapiezyna
(1772-1859)

 
       
   

Au début du 19ème siècle, les Juifs ont commencé à s’installer dans une nouvelle partie catholique de la ville entrainant le mécontentement des chrétiens et des plaintes contre les Juifs. Ceux-ci furent expulsés et pour calmer les esprits un plan de la ville fut dressé délimitant la partie juive et la partie catholique de la ville. En gros, 22% de la superficie appartenaient aux juifs alors que la population juive représentait plus de 60% de la population totale de Szydlowiec. Ce n’était évidemment pas très équitable mais au moins la règle était claire.

La communauté juive (Kehila) possédait la synagogue et le cimetière juif placé à l'est du temple. Il y avait aussi un mikvah et un cheder. La partie juive de la ville comprenait les rues: Dluga, Zydowska, Radomska, Ciasna, Zagrodowa et la place du marché de Skaleczny.

 
   

En 1821, sous la pression des artisans chrétiens, Il devint interdit aux tanneurs juifs de travailler dans leurs maisons et ils durent déplacer cette activité en dehors de la ville. Indépendamment de tous ces obstacles, les Juifs ont montré une extrême ingéniosité et leur participation à la vie économique de la ville était croissante.
En 1828, la princesse Anna Sapiezyna a vendu la ville de Szydlowiec au Trésor du Royaume de Pologne. Ce n’était plus une ville « privée » mais une ville « gouvernementale » ou « publique ».

Un net recul de la croissance de la population s’est produit dans les années 1827-1857. Il était causé par les épidémies et les catastrophes naturelles. Les victimes juives de l'épidémie (choléra) apportée par l'armée russe pendant l'insurrection de novembre 1831 furent enterrées dans le nouveau cimetière situé alors loin des bâtiments de la ville. Plus tard, il est devenu une partie du cimetière juif élargi.

Au début du 19ème siècle, le petit commerce, l’artisanat et les services étaient encore la base des ressources de la plupart des juifs de Szydlowiec. A cette époque, les foires de Szydlowiec se tenaient douze fois par an, et le marché hebdomadaire deux fois par semaine. Les juifs ont largement influencé le développement de la ville et de la collectivité. La plupart des artisans travaillaient dans le secteur de l’habillement (tailleurs, cordonniers, casquettiers).

Certains Juifs étaient des charretiers. Ils fournissaient des services de transport pour de nombreuses usines métallurgiques opérant dans les faubourgs.

La plupart des Juifs de Szydlowiec, même s'ils dirigeaient leur propre entreprise, étaient pauvres. Seuls quelques-uns avaient à leur disposition des fonds plus importants. Par exemple, dans la moitié du XIXe siècle, Mosiek Cukier de Szydlowiec monopolisa le commerce de la zone industrielle de Suchedniów.

En 1847, les autorités de l’État ont ordonné à la Kehila de construire un mur de pierre autour du cimetière. Et en 1851 le chef du powiat a finalement interdit les inhumations dans l'ancien cimetière.
A partir de la moitié du XIX ème siècle, la population juive de Szydlowiec est en nette augmentation : en 1857 sur 3 798 habitants, 2 780 sont juifs (73,2%).

Les cordonniers formaient le groupe d’artisans le plus nombreux. On dénombrait aussi une centaine de commerces divers tenus par les juifs. Certains étaient des marchands bien installés mais d’autres n’étaient que des vendeurs pauvres qui ne possédaient même pas leur propre étal. Quant aux habitants chrétiens de Szydlowiec, la majeure partie vivait dans les fermes aux alentours.

Jusqu’en 1860-70, la communauté juive de Szydlowiec était la plus importante dans la province de Radom. C’est pourquoi les Juifs décédés de Blizyn, Bodzentyn, Broniewo, Chlewiska, Chustki, Dabowa, Dlugosz, Kamienna, Psary, Suchedniów, Niadków, Tarczek, Wola, Wygoda, Wymyslów et Wzdól... étaient enterrés à Szydlowiec

Les changements sociaux et économiques fondamentaux se sont produits au tournant des années 50 et 60 du 19ème siècle sur les terres annexées par les Russes. En effet, à partir de 1862, les juifs ont obtenu un droit de résidence identique à celui des chrétiens. Les obstacles formels à l'installation des Juifs autour de la ville ont été annulés. Les années qui suivirent, les Juifs ont acheté des biens immobiliers dans l’ancien quartier chrétien et ils ont commencé à devenir l’élément dominant du centre-ville.

 
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