Les Amis de Szydlowiec
Société mutualiste créée en 1925 jeudi 02 avril 2026  

Brève histoire des juifs de Pologne  
   

1ère partie : Une diaspora ancienne

                                               
   

La constitution d’une diaspora juive est très ancienne. Le mot est grec mais au même moment où les grecs s’installaient autour de la Méditerranée, les hébreux étaient exilés à Babylone. On connait un bataillon de soldats Hébreux en Egypte à Eléphantine (Assouan) au Ve siècle avant notre ère.

Déjà au IIe siècle avant JC, Alexandrie est un centre très important du judaïsme qui s’est développé autour de la Méditerranée (accompagnant Grecs et Romains dans leur expansion). Puis une grande partie des juifs s’exile après la destruction du second temple (70 après JC) et surtout après la révolte de Bar Korba et les massacres de l’empereur Hadrien.

Babylone (Bagdad) devient un centre important. Les rabbins y codifient la vie juive sans Temple (Talmud du 2e au 5e siècle) qui régit encore aujourd’hui le judaïsme orthodoxe.

Ils suivent les Romains dans la zone ibérique et en Gaule, le long du Rhône et du Rhin. L’implantation en France est très ancienne avec des personnalités importantes (Isaac l’aveugle à Lunel, Rachi à Troyes).

Les croisades et de nouvelles persécutions vont pousser les juifs occidentaux vers l’Allemagne et la Pologne.

Des contacts en Pologne ont été effectués par des marchands (Ibrahim ibn Jakub). Puis un accueil favorable a favorisé l’implantation des juifs en Pologne.

« Polin » signifie en hébreu « Pologne », mais aussi « Repose-toi ici ». Selon la légende, les juifs, persécutés dans toute l’Europe au Moyen Âge, considérant ce nom comme un bon présage, auraient choisi de s’installer en Pologne.

Moyen âge et Renaissance
 
960 : Un marchand juif d'Espagne, Ibrahim Ibn Jaqub (Abraham ben Jakob) voyage à travers la Pologne et rédige la première description du pays. Les commerçants juifs sont très actifs en Europe centrale. Les premières pièces de monnaie polonaises sont frappées sous Mieszko Premier par des juifs.
 
Pièces de monnaie avec caractère hébraïque
                                         
 

En 1264, Boleslas le Pieux proclame la Charte de Kalisz - accordant des libertés aux Juifs de Pologne.

Au XIVe siècle, persécutés en Europe occidentale, les Juifs sont invités à venir en Pologne par le roi Casimir III, surtout après l'expulsion massive des Juifs d’Angleterre, de France, d’Allemagne et d’Espagne. Sous la dynastie Jagellone la Pologne devient le territoire de la plus grande communauté juive d'Europe. Les édits royaux leur garantissent la sécurité et la liberté de culte alors que pendant la peste noire l'Europe occidentale est le théâtre de persécutions, les juifs étant accusés d‘en être la cause. La plus grande partie de la Pologne fut épargnée par le fléau, alors que l'immigration juive fournissait une main d'œuvre nombreuse et qualifiée à cet Etat naissant.

 
                                         
 

1500 : Des Juifs expulsés d'Espagne, du Portugal ou de villes allemandes se réfugient en Pologne. Du XVIe au XVIIIe siècle, plus de la moitié de la population juive mondiale vit en Pologne.

1525, le premier Juif est sacré chevalier par le roi Sigismond Ier, sans être contraint de renier sa foi. En 1534 : Le roi abolit la loi qui imposait aux Juifs le port de vêtements particuliers.

1547 : La première imprimerie juive en hébreu est fondée à Lublin.

1567 : Fondation de la première yeshiva en Pologne.

Bref, tout n’est pas parfait et pas tout le temps, mais la Pologne offre la meilleure sécurité en Europe.

         

Sigismond 1er le Vieux
 
   
                                 
L'âge d'or                        
 
Une réunion du Conseil des Quatre pays en présence du Roi
 

C’est pendant la période de la République des deux nations (Pologne et Lituanie) que les juifs créent le Conseil des Quatre Pays qui concerne la Grande-Pologne, la Petite-Pologne, la Ruthénie et la Volhynie.

1580 Première réunion du Conseil des Quatre Pays à Lublin (Va'ad Arba' Aratzot) : 70 délégués des communautés juives (kehillot) se rencontrent pour discuter des taxes et d'autres sujets importants pour la communauté juive.

Basée sur l'organisation très performante des communes ou « Kehillot » (terme désignant à la fois l'administration de la commune et les membres de la communauté) et sur différentes institutions préexistantes traitant de l'administration, de la justice, du fait religieux et de l'assistance aux nécessiteux, la communauté juive constitue ainsi son propre organe législatif.

Le Conseil des Quatre Pays est reconnu par le roi de Pologne en 1623.

                                 
Ladislas IV Vasa
                                                   
 

Première réunion des États généraux (diète juive ou Va'ad) autonomes du Grand-duché de Lituanie.

1632 : Ladislas IV Vasa interdit les livres ou toute impression à caractère antisémite.

1648 : La population juive polonaise atteint 450 000 personnes. C’est 4,5 % de la population Polonaise et 60% de la population juive mondiale.

     
                                                   
Le "Déluge"                                              
     

1648-1655 : Le cosaque ukrainien Bohdan Chmielnicki dirige l'insurrection qui se conclura par le massacre de la noblesse locale ainsi que de la communauté juive à la fois parce que alliée des nobles et par antisémitisme.

65 000 Juifs périssent et autant de nobles et de chrétiens. Après l’invasion du pays par les Suédois, le Royaume de Pologne plonge dans une période de chaos (1655-1658)

Les Juifs se trouvent pris entre deux feux : ceux qui étaient épargnés par les Suédois étaient attaqués par les Polonais les accusant d’avoir collaboré avec l’ennemi. Les horreurs de cette guerre furent aggravées par des épidémies.

Du fait des Cosaques et des Suédois, la communauté est diminuée de 100 000 personnes.

C’est à la suite du Déluge que se développa sous l’influence de la Kabale des « hérésies » mystiques juives sabbataïsme et Franckisme, ou le hassidisme (piétisme) issu des réflexions du Rabbi Israël ben Eliezer dit le Baal Shem Tov (Le Maitre du bon Nom). Les hassidim ont encore une importance significative aujourd’hui : les Loubavitch sont les plus connus, mais il y a d’autres groupes dont les hassidim de Gour très présents à Szydlowiec avant-guerre.

La population juive de Pologne avait diminué et s’était appauvrie, mais elle restait la plus importante d’Europe occidentale et demeurait le centre spirituel du judaïsme.

      Le Baal Shem Tov  
 
2ème partie : Les partitions de la Pologne  
 
Statue de Kosciusko à Szydlowiec
 

1772-1795 : Partitions de la Pologne entre la Russie, la Prusse et l'Autriche. Les privilèges des communautés juives sont révoqués.

En 1794 les Polonais se révoltent contre les Russes. Harangués par Kosciusko les juifs participent à la révolte. Il aurait dormi à Szydlowiec puis se serait rendu à Cracovie où il a fait un grand discours dans la vieille synagogue. Une plaque commémore cet épisode.

C’est à Berek Joselevitch que Kosciusko confie la création d’un bataillon de cavaliers. Il avait déjà voyagé à l’étranger et notamment à Paris au moment de la Révolution française. Il en fut fortement influencé.

 
Plaque dans la synagogue de Cracovie

Au cours de l'insurrection polonaise de Tadeusz Kosciusko en 1794 Berek organisa un bataillon juif de cavalerie légère. 500 hommes répondirent à l'appel. Dans ce régiment, les traditions religieuses juives furent respectées, y compris concernant la nourriture cachère, la célébration du sabbat lorsque cela était possible, et le port de la barbe.

 

Le détachement de Joselewicz, surnommé le régiment des barbus, participa à la défense de Varsovie au cours de laquelle presque tous les soldats périrent. Joselewicz avec quelques rescapés purent s'enfuir.

Après la défaite de l'insurrection de Kosciuszko, Joselewicz émigra en Italie. Il se joignit à la légion polonaise de Jan Henryk Dombrowski. Il participa à nombre de batailles napoléoniennes comme à Novi, Hohenlinden, Austerlitz et Friedland.

Dans l'armée du duché de Varsovie il fut chef d'escadron. Il mourut lors d'une escarmouche avec l'armée autrichienne à Kock en 1809.

   
Conséquences des partages : destins différents
Avec le partage, les juifs Polonais se trouvent séparés en trois groupes, ceux qui se retrouvent dans l’empire Austro-Hongrois (Cracovie et la Galicie), ceux qui relève de la Prusse avec une ville comme Breslau (aujourd’hui Wroclaw). La partie Russe est la plus importante en superficie et en population juive car à la « zone de résidence » instituée par Catherine II vient s’agglomérer la partie polonaise avec Varsovie). Chaque ancien territoire polonais va vivre une oppression très différente qui explique encore les situations actuelles.

Géographie des partages de la Pologne

Dans le secteur annexé à la Prusse, les juifs obtinrent l’émancipation et des droits complets en 1869 et en Autriche-Hongrie en 1867. Il fallut 50 ans de plus pour les juifs polonais et russes.

1897 : Le premier recensement russe décompte 5, 2 millions de Juifs dont 4,9 dans la zone de résidence et 1,3 dans le Royaume du Congrès (partie non complètement annexée de la Pologne).

Avec un tel contexte, on comprend que les juifs participent aux principaux mouvements de révoltes du XIXe siècle contre les Russes (1831, 1860 – 1864).

Leur situation n’est guère brillante : La politique officielle russe se montre plus dure concernant les Juifs que les lois précédentes. Une grande partie des juifs de Pologne se retrouvent dans la « zone de résidence ». Or, Szydlowiec était dans le « royaume de Pologne » mais intégré dans l'empire russe.


Les grands courants du judaïsme 18 et 19ème siècles

Au-delà du contexte politico-administratif, les juifs connaissent aux 18e et 19e siècle de grands mouvements d’idées :

  • Maintien d’une stricte orthodoxie avec le Gaon de Wilna, les Mitnagdim, le talmud, l’étude, la yeshivah, malgré les coups de boutoirs du hassidisme.
  • Développement du hassidisme, sur une base de mysticisme post-kabalisme, les fidèles étant réunis autour du chef de la communauté, le Rebbe, un sage (Tsadik) non loin des staretz chrétiens orthodoxes,
  • La Haskala (les lumières juives), maskilim avec Moses Mendelssohn
  • Le Sionisme (avec notamment Theodor Herzl), l’immigration vers d’autres pays (USA, Argentine)
  • Assimilation avec ou sans conversion (cas de l’Allemagne, Henrich Heine)
  • Affiliation politique (vers la fin du siècle du 19e siècle – Rosa Luxembourg, 1871-1919)

Gaon de Wilna
   
Danse hassidique

La socialiste Rosa Luxembourg
   

Le sioniste Theodore Hertl

Bien que les Juifs gagnèrent quelques libertés avec la Réforme de 1861, ils étaient toujours cantonnés à la zone de résidence et soumis à des restrictions concernant la propriété et les professions autorisées.

L’assassinat du tsar Alexandre II en 1881, dont furent à tort accusés les Juifs, entraîna une vague de pogroms de 1881 à 1884. D’abord limités à la Russie, ils purent aussi se produire dans l’Est de la Pologne.

Ces persécutions entraînèrent une importante vague d’immigration juive aux États-Unis (près de 2 millions de Juifs).

On considère que les pogroms sont un des facteurs déterminants de l’émergence du sionisme (mais pas le seul…).


Pogrom de Kichinev